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Humbaba, gardien de la forêt de cèdres

Dans la tradition suméro-akkadienne, Humbaba est le nom d’un géant, gardien de la forêt de cèdres, située en Syrie occidentale. Humbaba est représenté sous la forme d’un personnage grimaçant et menaçant, au visage grossier.

Lorsqu’il est figuré entièrement, il est nu, les jambes arquées, avec parfois une ceinture autour de la taille, le bras levé en signe d’agressivité. La plupart du temps, son visage est formé par des circonvolutions intestinales formant une série de bourrelets qui entourent les yeux, le nez et la bouche. Le nez est comme écrasé, les lèvres sont épaisses, et les yeux sont en forme d’amande. Il a les cheveux courts et une frange épaisse.

Le domaine de Humbaba est celui de la forêt mal éclairée, car les branches et les fûts des troncs empêchent la lumière d’y entrer facilement, et d’y apporter la lumière pleine comme dans la steppe. C’est pourquoi Humbaba est détesté par Shamash à cause de la pénombre qui l’entoure, plus que par sa monstruosité.

Humbaba apparait dans un poème de littérature sumérienne qui appartient au cycle de l’épopée de Gilgamesh, roi d’Uruk, et qui décrit l’expédition de ce dernier et de son compagnon, Enkidu, contre lui. Enkidu avertit que le géant est redoutable ; ses dents sont des dents de dragon, sa face celle d’un lion, son cri un flot ; ses pieds sont des serres et il se défend en émettant une série d’éclats terrifiants. Les deux héros réussissent pourtant à l’entraver [1]. Humbaba, protégé des dieux, “fils de la montagne” demande noblement la vie sauve. Gilgamesh l’exaucerait volontiers, mais son ami souhaite la mort du vaincu par peur de représailles et, s’étant pris de querelle avec lui, il lui tranche la tête. Leur victoire sera amère : revenus vers Enlil, le dieu de Nippur qui avait lui-même placé Humbaba à son poste, ils sont maudits et ne pourront jamais oublier leur victime.

Dans l’épopée de Gilgamesh, qui organise en babylonien le cycle sumérien antérieur en une œuvre unique, la personnalité de Humbaba n’a pas profondément changé. Comme dans la version ancienne, Enkidu insiste sur le caractère terrible du monstre, d’autant – ce qui est nouveau – qu’il parait le connaître. Plus de trois tablettes sur onze qui comportait primitivement l’épopée sont consacrées à l’expédition et au combat : le gardien semble être devenu un être malfaisant ; ainsi s’explique l’appui de Shamash, le dieu de la justice. Humbaba avant de succomber, malgré ses sept éclats, peut maudire ses agresseurs qui se mettent alors à abattre ses arbres. Victime de son péché, Enkidu, de retour à Uruk, mourra.

masque Humbaba labyrinthe Dans la civilisation assyro-babylonienne, Humbaba était aussi un démon apotropaïque : on portait pour se protéger de tout mal, sa tête en sautoir, sous la forme d’une plaquette qui reproduisait sa face écrasée et grimaçante. C’est elle que les devins croyaient retrouver dans certaines configurations des entrailles de l’animal sacrifié ou sur les visages des nouveau-nés, ce dont ils tiraient les présages pour l’avenir.

(Source : Daniel Arnaud, Encyclopédie Universalis & Musée du Louvre)

Depuis le meurtre de Humbaba gardien de la forêt, celle-ci ne cesse de disparaître ; et aujourd’hui il ne subsiste que quelques hectares, de cette forêt plus que millénaire dont les voyageurs contaient autrefois le gigantisme et la splendeur des arbres qui la composaient.

Lire ici, l’épopée de Gimlgamesh et le Mahæbhærata, pour découvrir un peu Humbaba, ce gardien de la forêt sacrée, dont on sait peu de choses finalement. Parfois vu comme un ogre monstrueux ; ou bien habitant de la forêt-labyrinthe, sorte de prédécesseur du minotaure.
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Mais peut-être faut-il voir en lui un Dieu primitif surgissant d’un passé encore plus lointain que la civilisation sumérienne ? Car lors de l’avènement de religions nouvelles, il est courant d’assister dans les Textes à une mort rituelle des anciennes divinités, il se pourrait donc qu’Humbaba ait été le « Seigneur des Forêts » à une époque où l’agriculture ne s’était pas encore installée dans les plaines de Mésopotamie ? Bien sûr ce n’est qu’une hypothèse…
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D’autres pistes sont à explorer… Gilgamesh – le héros ne cherche pas seulement le pouvoir temporel mais aussi l’immortalité : il ambitionne de devenir roi et Dieu vivant, remplaçant la Nin, qu’il vient détrôner sur la Montagne. Le texte akkadien précise bien que cette Montagne est le « piédestal d’Irnini », autre nom d’Innana/Ishtar.

Immobiles à la lisière de la Forêt,
Ils contemplent longuement la hauteur des Cèdres
Et, longuement l’entrée de la Forêt.
Là où Humbaba a coutume de passer, s’est marquée une sente.
Les chemins sont tracés tout droits et le chemin a été amélioré.
Ils aperçoivent la Montagne des Cèdres, demeure des Dieux, trône d’Irnini.
Devant la Montagne, les Cèdres croissent avec luxuriance ;
Leur ombre est agréablement remplie de senteurs […]
La Forêt s’étend à une double lieue à la ronde.

Humbaba pourrait donc être un avatar de la Grande Déesse… En pénétrant dans ce pays, l’objectif du héros est d’élever son nom, de s’illustrer. C’est-à-dire qu’il veut devenir roi, et élever en même temps le nom des Dieux mâles, soutiens de l’ordre patriarcal. Ce passage explique clairement qu’il vient détrôner la reine-Grande Prêtresse pour prendre sa place, et remplacer le culte de la Déesse par celui des Dieux. (Uruk, originellement ville de la Déesse Inanna, devient en effet dans les versions postérieures, la cité d’Enlil).
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Article non définitif, j’étudie encore d’autres versions du mythe…

Catégories :Mésopotamie
  1. 15 juin 2008 à 03:29

    Salut Krapoarboricole,

    Intéressante cette mythologie mésopotamienne…excellente recherche

    @+
    ~Bonsai~

  2. 15 juin 2008 à 18:20

    Ola Bonsai,

    intéressante, c’est le mot… mais j’ai trouvé peu de documentations sur ce personnage étrange qu’est Humbaba, les sources sont bien vieilles.
    Mais je continue à fouiller, et si il faut se rendre dans une grande bibliothèque universitaire… pas grave, j’aime bien lire !
    Dès que j’en apprend plus, je mettrais cet article à jour.

    A bientôt

  3. tujur alwest
    1 février 2012 à 18:27

    Cet article contribue à rendre Houmbaba sympathique et intéressant; En tout cas je peux dire que les élèves de sixième l’aiment beaucoup – ce qui me donne à mon teour envei de mieux le connaître. Merci pour tes recherches aprtagées, donc🙂

  4. Monica
    16 mai 2012 à 07:36

    Intéressant cet article… Je suis peintre intuitif et je pense que c’est Humbaba qui est venu se faire photographier dans mon atelier! J’ai peint une sorte de Minautore qui lui ressemble fort!!!

  5. cocochanel
    15 février 2014 à 18:33

    est ce que vous pourriez me répondre en me d’écrivant le voyage dans le désert ,j’ai francais jeudi et je dois raconter du départ de uruk jusqu’a la fôret des cèdres !merci d’avance
    cocochanel

  6. 17 décembre 2014 à 09:58

    Un peu d’aide par ici :

    L’Épopée de Gilgamesh – Tablette IV – Le voyage
    http://rocbo.lautre.net/gilgamesh/04.html

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